Pathologies du béton armé
Guide des principales pathologies affectant les structures en béton armé : carbonatation, corrosion des armatures, fissuration, alcali-réaction, gel-dégel. Causes, diagnostic et solutions.
Le béton armé : matériau durable mais vulnérable
Le béton armé associe la résistance à la compression du béton et la traction de l’acier. Cette synergie est efficace, mais plusieurs mécanismes peuvent compromettre la durabilité de l’ensemble.
1. Carbonatation
Mécanisme : Le CO₂ atmosphérique réagit avec les hydroxydes de calcium du béton, abaissant son pH de 12–13 à moins de 9. Ce processus détruit la couche passivante qui protège les armatures.
Vitesse de progression : Proportionnelle à la racine carrée du temps. Un béton de qualité médiocre peut être carbonaté sur 30 mm en 20 ans.
Diagnostic : Test à la phénolphtaléine sur carotte — la zone carbonatée reste incolore.
Facteurs aggravants : Faible enrobage des armatures (< 20 mm), béton poreux, environnement urbain.
2. Corrosion des armatures
Mécanisme : Une fois la couche passivante détruite (par carbonatation ou chlorures), les armatures s’oxydent. La rouille occupe un volume 3–10 fois supérieur à l’acier sain, provoquant des contraintes internes et l’éclatement du béton.
Manifestations visibles :
- Traces de rouille en surface
- Fissures parallèles aux armatures
- Épaufrures (éclats de béton)
Niveaux de sévérité :
- Stade 1 : Rouille visible mais armature intacte → Réparation possible
- Stade 2 : Perte de section < 20 % → Réparation avec reconstitution
- Stade 3 : Perte de section > 20 % → Remplacement de l’armature
3. Fissuration
Types de fissures :
| Type | Cause | Sévérité |
|---|---|---|
| Microfissures < 0,1 mm | Retrait de séchage | Faible |
| Fissures 0,1–0,3 mm | Retrait, température | Modérée (à surveiller) |
| Fissures > 0,3 mm | Surcharge, tassement | Élevée |
| Fissures > 1 mm | Surcharge majeure, tassement | Critique |
Fissures de retrait vs fissures structurelles :
- Retrait : réseau aléatoire, ouverture uniforme, pas d’évolution rapide
- Structurelles : orientation cohérente avec les efforts, peuvent évoluer sous charge
4. Réaction alcali-granulats (RAG) ou sulfatique-interne (RSI)
Mécanisme : Réaction chimique entre les alcalins du ciment et certains granulats siliceux. Gonflement interne progressif.
Manifestations : Réseau de fissures caractéristique en « peau de crocodile », gonflement.
Diagnostic : Analyse pétrographique sur carotte, essai d’expansion.
Spécificité : Pathologie irréversible — seule la gestion de l’humidité peut ralentir l’évolution.
5. Gel-dégel
Mécanisme : L’eau absorbée par le béton gèle et se dilate (+ 9 % de volume), provoquant des pressions internes. Les cycles répétés dégradent la microstructure.
Manifestations : Écaillage de surface, fissures superficielles, perte de matière.
Facteurs aggravants : Béton poreux, exposition aux sels de déverglaçage, alternance gel-dégel fréquente.
Quelques photos de faciès d’altération typique du béton
Quand appeler un ingénieur ?
Faites appel à un spécialiste dès que vous observez :
- Des traces de rouille sur le béton
- Des éclats de béton (épaufrures)
- Des fissures > 0,3 mm sur éléments structuraux
